NOUVEAUX ET NOUVELLES DU COURT-MÉTRAGE : L’exercice a été profitable !

Une productrice qui préparait sa valise pour partir à Cannes, un réalisateur qui s’apprêtait à montrer, quasiment pour la première fois, son film en Bretagne sur grand écran, une réalisatrice et photographe, en résidence au Moulin d’Andé, et qui se prépare à réaliser son prochain court-métrage…

Rencontre avec Amélie Quéret, Simon Filliot, Pauline Goasmat : trois personnalités bien trempées, trois parcours en cours.

 

Pour faire très vite connaissance, Simon Filliot est né à Reims en 1987. Ayant intégré le département image de la Femis en 2008, il choisit de réaliser son film de fin d’études en stop-motion, film qui obtient les félicitations du jury, plus de soixante sélections en festival et cinq distinctions. Néanmoins, c’est avant tout comme directeur de la photographie, ou assistant opérateur, qu’il travaille après l’école, notamment dans les équipes de l’animation bretonne, chez Vivement Lundi et JPL films. Au terme de quatre années de travail, il présente Un Cœur d’Or, film en stop motion qui, lui aussi, a connu une bonne centaine de sélections en festival, et quelque 25 prix (dont le Méliès d’Argent !).

Pauline Goasmat, elle, gravite dans l’audiovisuel et le cinéma depuis longtemps, entre fiction, formats courts, pubs, clips et making-of, films expérimentaux… Mais également dans la photographie, avec des pochettes de disques ou des photos de concerts. Pauline vient d’obtenir le premier financement de Chercher le garçon, son prochain court-métrage, qu’elle développe avec son producteur Stephen Seznec, au sein de la société National 12.

Amélie Quéret est, pour ainsi dire, une voyageuse : Allemagne, Espagne, Argentine, Uruguay, Allemagne à nouveau, Paris, Bretagne. Un parcours fait de pays et de langues, de rencontres aussi. Depuis sept ans, elle est productrice au sein de sa propres structure, Respiro. Passée par le dispositif ESTRAN en 2015, elle y repasse en 2019 pour rejoindre l’aventure de J’arrive de Bertrand Basset, un film qu’elle accompagne aujourd’hui dans de nombreux festivals… Sept ans ont passé, beaucoup de choses ont évolué : « development angel » au Groupe Ouest, nouvelle bénéficiaire de l’aide au programme du CNC, coproductrice d’un film sélectionné à la Semaine de la Critique… Comme quoi les nombreuses graines qu’elle s’est attachée à semer, ont germé.

Si on commence par Amélie Quéret, les graines ont germé, mais montent toutes en même temps… Et, elle et Respiro sont aujourd’hui submergées de travail. En plein montage de son dossier d’Aide Structurelle aux Entreprises de la Région Bretagne, Amélie est bien placée pour savoir que Respiro a un véritable enjeu quant à se structurer pour faire face à l’activité et à son modèle économique. A une étape où de pouvoir prendre le temps d’accompagner l’écriture et le développement des différents projets est crucial, elle cherche un producteur ou une productrice pour consolider la « team Respiro » qui peut aujourd’hui s’appuyer sur une communauté d’auteur·es et de technicien·nes fédérée autour de la maison de production. Néanmoins, trouver un ou une complice, avec le degré d’exigence que se fixe Amélie à elle-même, n’est pas forcément simple, qui plus est dans un contexte de sortie de crise, d’importante activité, et où le temps de formation n’est pas aisé à réserver… S’ajoute à cela le climat actuel de concurrence accrue sur le court-métrage, et un embouteillage à l’échelle de l’ensemble des guichets de soutien. Difficultés, longueurs nouvelles dans le financement des films.

« Pourtant, j’ai vraiment ce métier un peu dingo ! J’aime accompagner et m’investir dans des relations de travail longues, créer des synergies qui nous font grandir « artistiquement », confie-t-elle. « Ce qui me tient : défendre des propos universels et fédérer les univers d’auteur·es et de réalisateur·trices qui poursuivent la même envie autour de la team Respiro ». Au regard de son parcours, et des trajectoires qu’elle semble tracer au fil du temps, lorsqu’on évoque sa « bougeotte », elle se lance : « Toujours bouger, pour ne pas se limiter, pour faire exister les projets, les rendre possibles !… J’ai effectivement un pied à Paris, un pied en Bretagne… mais c’est aussi que ma vie personnelle m’a retenue plus longtemps que prévu à Paris. Respiro a été créée en Bretagne, et j’emménage prochainement dans le coin de Saint Brieuc. ESTRAN m’a rapprochée du réseau breton, mais j’ai également travaillé un certain temps avec une assistante de production installée au Brésil ! Je m’accroche à cette idée que le cinéma ne doit pas se limiter à un territoire, mais être connecté à des gens, et des réseaux. »

L’actualité de Respiro, c’est une sélection à la Semaine Internationale de la Critique avec Noir Soleil de Marie Larrivé sur lequel Amélie est en coproduction – « Un vrai coup de cœur !, même si au fil des ans je tends à plus raisonner les choses, et à privilégier la rencontre… Parce qu’on passe beaucoup de temps ensemble dans le cadre de la production d’un film ! ». Il y a aussi une collaboration nouvelle avec Le Groupe Ouest en qualité de Development angel pour le programme européen d’accompagnement LIM (Less is more), « parce que ça m’intéresse de travailler à l’international », précise Amélie, « les univers qu’on trouve à l’étranger sont souvent plus riches, plus nécessaires et vitaux ».

Où se voit-elle dans un monde idéal dans trois ans : « J’espère être passée au long-métrage et organiser l’avant-première de Dans la cuisine des Nguyen ».

 

Pauline Goasmat est un personnage à elle toute seule : photographe, réalisatrice, auteure, touche à tout… Elle prépare doucement le tournage au printemps 2022 de son prochain court-métrage Chercher le garçon. Le film produit par Nationale 12 (Stephen Seznec) vient d’obtenir son premier financement auprès de la Région Bretagne après 2 ans d’écriture et de développement. Pour les différentes réécritures, Pauline s’est entourée, de Julie Henry et du Collectif les Poulpes, et a suivi un long cheminement, une longue digestion.

En casting actuellement, Chercher le garçon est un film sur le deuil avec des personnages trans-genres – avec la rencontre de deux mondes. Mais Pauline travaille également à l’écriture d’une série sur les comédiennes de 40/50 ans avec le collectif Brut·e, et, avec Gabrielle Pichon, à un long-métrage de cinéma (suite à une résidence au Groupe Ouest).

Pour elle, qui est également sujette à une bougeotte singulière : « J’aime bien voyager. Mais j’aime également rentrer à la maison ! ». Pour elle, « travailler en Bretagne, c’est travailler en confiance – même s’il faut garder une ouverture constante, avec les formations, les résidences, les collaborations. Née dans le Morbihan, et passée par Rennes et Paris, Pauline a découvert « après » qu’il existait une vie de cinéma en Bretagne, avec ses savoir-faire, ses techniciens, ses financements… qu’on peut faire trois films en Bretagne sans être obligé d’être à Paris, qu’on peut engager un parcours d’auteure au long-court, entre films produits, clip, pubs… Alors, certes, les refus et/ou les ajournements peuvent semer le doute… mais il y a de nombreux occasion d’avancer, comme les « court-bouillon » de Douarnenez où les retours des techniciens monteurs ont notamment été très bénéfiques à Chercher le garçon… Il y a aussi l’autoproduction pour toujours pratiquer, ne pas ressentir la frustration, et avancer en faisant, même si Pauline reste vigilante quant à « ne pas abuser de la passion des autres ». Parce qu’elle le sait bien, réaliser une affaire de profond désir avant tout.

Les choses sont sensiblement différentes pour Simon Filliot, lui aussi entre Paris et la Bretagne. Plus exactement entre Paris et Rennes, il intègre régulièrement les équipes techniques en tant que chef opérateur ou assistant opérateur – son agenda de tournage est un long tunnel depuis le 2 septembre 2020. « Je suis parisien par choix, parce que citadin jusqu’à la moelle, même dans mes 17 m2 ! Alors, c’est vrai, à Rennes je fais désormais partie de la famille. Et l’écosystème breton de l’animation est complet, je ne me voyais pas faire le film ailleurs… », dit-il en souriant.

Pour ce qui est de faire des films, alors même qu’on peut dire que Un cœur d’or fait un carton plein, le ton change : « A vrai dire, c’est mon premier et mon dernier film… Je ne me sens pas réalisateur. Réaliser, ça a été l’expérience d’une solitude insupportable pendant un an, avec des décisions à prendre en solitaire… Je préfère faire la lumière des films d’autres gens, dans des univers différents au fil des expériences, en animation et en prises de vues réelles… Non, je ne me sens pas réalisateur. Il faut un peu d’humilité ! Si je me compare à Sarah Van den Boom, j’ai envie de dire : voilà une réalisatrice ! ».

Alors oui, belle d’humilité que celle de ce garçon… Au vu du film, déjà. Au vu de son parcours, aussi, malgré le contexte de crise sanitaire qui aura peu permis d’accompagner physiquement son film auprès de ses publics. Toujours est-il qu’un Méliès d’Argent (prix décerné par l’European Fantastic Film Festivals Federation depuis 2002), ce n’est pas rien ! De savoir précisément ce qu’on veut, ce n’est pas rien non plus. Surtout avec la maturité d’analyse et l’humilité qui caractérisent assez bien Simon. Il ne devrait donc pas y avoir de prochain film signé par Simon Filliot, et c’est bien dommage tant l’univers plastique et l’imaginaire de cet auteur/réalisateur semblaient si bien en place. A défaut d’un cœur d’or, son œil d’or, si brillant, devrait nous donner encore de bien belles images… Nous lui souhaitons « de bonnes routes », aux quatre coins du cinéma.

Par Franck Vialle, Directeur de Films en Bretagne, le 7 juillet 2021